Migration

Les oiseaux se sont réunis dans les arbres touffus, ils font un bruit de volière. Leurs pépiements s’embrasent. Il y a comme une excitation, une attente légère dans l’atmosphère de ce matin d’automne. Par volée de cinq ou dix, ils survolent la maison dans un froissement d’ailes l’air claque au-dessus de moi. Je me suis […]

Dans la forêt – Jean Hegland

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 » C’est étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet.(…) A Noel prochain, tout ceci sera terminé, et ma sœur et moi aurons retrouvé les vies que nous sommes censées vivre. L’électricité sera rétablie, les téléphones fonctionneront. Des avions survoleront à nouveau notre clairière. En ville, il y aura à manger dans les magasins et de l’essence dans les stations-service. (…) Les banques et les écoles et les bibliothèques auront rouvert, et Eva et moi aurons quitté cette maison où nous vivons en ce moment comme des orphelines qui ont fait naufrage. »

Nell et Eva vivent dans la maison familiale à la lisière de la forêt. L’électricité, l’essence, les magasins d’alimentation, tout cela n’existe plus. Les gestes quotidiens, comme par exemple, écrire sur une page vierge pour griffonner quelque chose, ouvrir une boîte de conserve ou même allumer la lumière lorsque la nuit tombe appartiennent désormais à une époque révolue. Comment faire la différence entre le nécessaire du superflu, lorsqu’on a toujours vécu dans une société d’opulence ?

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Le grand marin – Catherine Poulain

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« Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska. Mais y arriver à quoi bon. J’ai fait mon sac. C’est la nuit. Un jour je quitte Manosque-les-Plateaux, Manosque-les-Couteaux, c’est février, les bars ne désemplissent pas, la fumée et la bière, je pars, le bout du monde, sur la Grande Bleue, vers le cristal et le péril, je pars. Je ne veux plus mourir d’ennui, de bière, d’une balle perdue. De malheur. Je pars. Tu es folle. Ils se moquent. Ils se moquent toujours – toute seule sur des bateaux avec des hordes d’hommes, tu es folle…Ils rient. »

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Françoise Sagan – Bonjour Tristesse

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« Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. C’est un sentiment si complet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres. »

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Eshkol Nevo – Neuland

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«À : Dori
De : Inbar
Sujet : Inquiète pour toi
J’ai obtenu ton adresse mail sur le site Internet de ton école.
Je sais bien que nous étions convenus de nous abstenir de correspondre,
mais je sais aussi que tu devais être mobilisé pour les
réserves militaires. Depuis, mon cœur a cessé de battre. Voilà,
je veux juste m’assurer que tout va bien pour toi.
Ensuite, je te promets de ne plus t’importuner.

À : Inbar
De : Dori
Sujet : RE : Inquiète pour toi
Salut,
Je vais bien. Désolé d’écorner l’image du héros, mais, en fin
de compte, ils ne m’ont pas mobilisé. J’ai rejoint mon unité le
lendemain de notre arrivée. Ils m’ont laissé poireauter toute une
journée à attendre l’officier de liaison qui devait décider de mon
affectation. Eh bien, rien n’a changé à la cantine miliaire. Le
distributeur de boissons est toujours déglingué.»

Partir un jour, sur un coup de tête et trouver dans l’expérience du voyage « une terre promise » – que ce soit un lieu ou une terre intérieure. Dans ce roman, au souffle romanesque puissant, Eskhol Nevo nous invite à cette traversée.

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