Dans la forêt – Jean Hegland

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 » C’est étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet.(…) A Noel prochain, tout ceci sera terminé, et ma sœur et moi aurons retrouvé les vies que nous sommes censées vivre. L’électricité sera rétablie, les téléphones fonctionneront. Des avions survoleront à nouveau notre clairière. En ville, il y aura à manger dans les magasins et de l’essence dans les stations-service. (…) Les banques et les écoles et les bibliothèques auront rouvert, et Eva et moi aurons quitté cette maison où nous vivons en ce moment comme des orphelines qui ont fait naufrage. »

Nell et Eva vivent dans la maison familiale à la lisière de la forêt. L’électricité, l’essence, les magasins d’alimentation, tout cela n’existe plus. Les gestes quotidiens, comme par exemple, écrire sur une page vierge pour griffonner quelque chose, ouvrir une boîte de conserve ou même allumer la lumière lorsque la nuit tombe appartiennent désormais à une époque révolue. Comment faire la différence entre le nécessaire du superflu, lorsqu’on a toujours vécu dans une société d’opulence ?

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Un membre permanent de la famille – Russel Banks

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Je ne suis pas sûr d’avoir envie de raconter cette histoire qui parle de moi – en tous cas pas maintenant, environ trente-cinq ans après les faits. Mais elle s’est transformée plus ou moins en légende familiale ; par conséquent elle a été fortement révisée et en outre – si je peux me permettre de le dire, dans la mesure où je ne suis pas seulement un témoin mais aussi l’auteur présumé du crime – très déformée.

C’est l’incipit d’ Un membre permanent de la famille, la nouvelle éponyme du livre. Il y avait dans la voix de Russell Banks, une émotion tangible quand il évoquait cette nouvelle à la radio et c’est ce qui m’a intrigué, m’a donné envie de la lire et d’entrer par cette porte dans l’oeuvre de Banks.

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Bientôt, je quitte

Ce que j’ai de choses à écrire.
Mais je n’ai pas le temps.
En ce moment, les journées filent, j’ai plein de choses à faire et je suis ravie de ma vie.

A Bruxelles, il pleut.

J’espère que Bruxelles n’est pas le dernier endroit où je serai heureuse.
J’espère que le bonheur est en moi, s’est inséré en moi, incrusté dans mon corps, par ce désir que j’ai de faire de tout, quelque chose d’intéressant et de possible.

Et expérimenter toujours.

J’ai une grande joie et une grande peur.
Peur de quitter ma ville, ma maison.
Peur de quitter les gens
Et mes amis.

Les gens, tous les gens d’ici que je croise dans la rue.

Pourtant ici, il pleut.
De la pluie mêlée de neige et le ciel est plus opaque que le couvercle de ma marmite jaune. Celle dans laquelle je fais la sorcière gourmande.

Donc oui, j’ai tant de choses à dire, à écrire sur ces dernières semaines.

L’autre jour, au sujet de la peur de vivre, j’ai entendu Fanny Ardant dire ce poème de Maïakovski.

Quelque soit la cause pour laquelle on succombe, la mort n’est pas la mort.
Mais c’est horrible de ne pas aimer, horrible de ne pas oser.
Puisqu’il y a pour tout le monde, une balle et pour tous un couteau,
Alors moi c’est pour quand  ?

Alors moi ce n’est pas pour maintenant.