Dans la forêt – Jean Hegland

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 » C’est étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet.(…) A Noel prochain, tout ceci sera terminé, et ma sœur et moi aurons retrouvé les vies que nous sommes censées vivre. L’électricité sera rétablie, les téléphones fonctionneront. Des avions survoleront à nouveau notre clairière. En ville, il y aura à manger dans les magasins et de l’essence dans les stations-service. (…) Les banques et les écoles et les bibliothèques auront rouvert, et Eva et moi aurons quitté cette maison où nous vivons en ce moment comme des orphelines qui ont fait naufrage. »

Nell et Eva vivent dans la maison familiale à la lisière de la forêt. L’électricité, l’essence, les magasins d’alimentation, tout cela n’existe plus. Les gestes quotidiens, comme par exemple, écrire sur une page vierge pour griffonner quelque chose, ouvrir une boîte de conserve ou même allumer la lumière lorsque la nuit tombe appartiennent désormais à une époque révolue. Comment faire la différence entre le nécessaire du superflu, lorsqu’on a toujours vécu dans une société d’opulence ?

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Un membre permanent de la famille – Russel Banks

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Je ne suis pas sûr d’avoir envie de raconter cette histoire qui parle de moi – en tous cas pas maintenant, environ trente-cinq ans après les faits. Mais elle s’est transformée plus ou moins en légende familiale ; par conséquent elle a été fortement révisée et en outre – si je peux me permettre de le dire, dans la mesure où je ne suis pas seulement un témoin mais aussi l’auteur présumé du crime – très déformée.

C’est l’incipit d’ Un membre permanent de la famille, la nouvelle éponyme du livre. Il y avait dans la voix de Russell Banks, une émotion tangible quand il évoquait cette nouvelle à la radio et c’est ce qui m’a intrigué, m’a donné envie de la lire et d’entrer par cette porte dans l’oeuvre de Banks.

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Désorientale – Négar Djavadi

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« À Paris, mon père, Darius Sadr, ne prenait jamais d’escalator.

La première fois que je suis descendue avec lui dans le métro, le 21 avril 1981, je lui en ai demandé la raison et il m’a répondu : « L’escalator, c’est pour eux. »

« Raison qui m’a décidée, en partie, à entreprendre ce récit sans savoir par où commencer. Tout ce que je sais c’est que ces pages ne seront pas linéaires. Raconter le présent exige que je remonte loin dans le passé, que je traverse les frontières, survole les montagnes et rejoigne ce lac immense qu’on appelle mer, guidée par le flux des images, des associations libres, des soubresauts organiques, les creux et les bosses sculptés dans mes souvenirs par le temps. Mais là vérité de la mémoire est singulière, n’est-ce pas ? » 

PJ Harvey, A place called home

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Notes de chevet – Sei Shônagon

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Choses qui sont proches, bien qu’éloignées

Le Paradis.                                                                                                                                                             La route d’un bateau.                                                                                                                                         Les relations entre un homme et une femme.

Voyage au Japon avec la superbe exposition Ukiyo-e au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles. Pendant que mon regard passait de l’une à l’autre de ces images finement gravées et colorées, mes oreilles bruissaient des souvenirs de Sei Shônagon. Dame d’honneur de l’impératrice Sadako, elle vivait à la Cour à l’époque de Heian et on dit qu’elle avait un esprit vif et moqueur qui faisait trembler les courtisans.

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Une envie d’atmosphère…

Est-ce enfin l’arrivée de l’hiver, l’odeur des feuilles dorées qui tombent au pied des arbres ? Est-ce la venue du froid, le retour des saisons de la nuit ? J’ai envie d’atmosphère, de plonger dans l’âme humaine et de m’enfoncer dans la nature sauvage et vivifiante. Polar pourquoi ? Ils sondent la complexité des hommes, leur propension au mal. Trois lettres derrière lesquels se cachent tant de réalités différentes. Le temps est à l’humide, et ne sommes-nous pas las de consulter les sondages ? J’ai profité de cet état pour me jeter sur ce qu’on pourrait appeler les romans de détective. Parce que.

« Le roman de détectives, c’est comme la vie : on cherche toujours quelque chose, on ne trouve pas toujours et , quand on trouve, c’est généralement décevant ou monstrueux. C’est pour cette raison que le détective recommence à chercher. Peu à peu, il sait qu’il ne dénichera jamais rien, aucune raison, aucune morale, aucune certitude, mais il continue de chercher parce qu’il n’y a pas d’autre solution. »

Jean Bernard Pouy, créateur du Poulpe.

Envie d’atmosphère qui ne m’a pas déçue. Car, qu’on se le dise, on ne revient pas indemne de toutes ces découvertes.

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