Un membre permanent de la famille – Russel Banks

IMG_3196

 

Je ne suis pas sûr d’avoir envie de raconter cette histoire qui parle de moi – en tous cas pas maintenant, environ trente-cinq ans après les faits. Mais elle s’est transformée plus ou moins en légende familiale ; par conséquent elle a été fortement révisée et en outre – si je peux me permettre de le dire, dans la mesure où je ne suis pas seulement un témoin mais aussi l’auteur présumé du crime – très déformée.

C’est l’incipit d’ Un membre permanent de la famille, la nouvelle éponyme du livre. Il y avait dans la voix de Russell Banks, une émotion tangible quand il évoquait cette nouvelle à la radio et c’est ce qui m’a intrigué, m’a donné envie de la lire et d’entrer par cette porte dans l’oeuvre de Banks.

La structure du recueil reflète la discontinuité des existences, la difficulté de d’avoir une perception continue de sa propre vie, la fragilité des liens.

187455_3026962
 

« Voici ce qu’elle m’a raconté. C’est venu pratiquement sans préambule. Il se trouvait que j’étais assis près d’elle au comptoir de Gustav’s.  »  (A la recherche de Veronica)

 

Espace névralgique, la nouvelle se prête à l’exploration de l’entre-deux, de ces zones indécises entre deux pôles contradictoires, le familier et l’étrange, le réel et l’irréel. Visitant les marges, les frontières entre la vie et la mort, le réel et la fiction, elle met en scène un sujet en crise, travaillé par le doute, sans prise sur le monde extérieur.
Daniel Boulanger

Pour Banks, la nouvelle est  « un moyen d’entrer dans l’intimité des personnages et d’illustrer un changement dans la perception qu’un personnage a de lui-même et de l’entraîner vers une compréhension nouvelle des choses ». Extrait de l’interview de Russel Banks par Diakritic (voir à la fin de l’article).

Plusieurs instants s’écoulèrent, puis la femme ôta de ses oreilles les embouts du stéthoscope et pressa le côté gauche de sa tête contre la poitrine d’Howard. Ils restèrent ensemble un long moment, secoués par le vent qui venait du port, chacun serrant l’autre dans ses bras en écoutant le cœur d’Howard. (Transplantation)

Les nouvelles de ce recueil sont comme des coups de canifs dans l’American Way of Life – Russell Banks y fait le portrait de personnages à vif, en conflit avec eux-mêmes. Avec leurs fêlures, leurs désirs de liberté, le vide qui les habitent, ils forment une constellation qui nous éclaire à la fois sur ce pays et sur les tensions qui le traversent.

Des monts enneigées de l’Adirondacks, aux côtes sans fin de la Caroline du Nord, il pointe la solitude et la violence des relations sociales, d’une écriture toujours sensible et sans concession.

Or, elle veut la voiture tout de suite, aujourd’hui même, s’en servir dès demain pour se rendre à son travail à Aventura et, pour la première fois, se garer dans le parking des employés. Ensuite, dimanche, après l’église, elle conduira sa bagnole à elle perso, oui, sa bagnole à elle perso, à la plage de Virginia Key avec Gloria et les petits-enfants. (Blue)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s