Une envie d’atmosphère…

Est-ce enfin l’arrivée de l’hiver, l’odeur des feuilles dorées qui tombent au pied des arbres ? Est-ce la venue du froid, le retour des saisons de la nuit ? J’ai envie d’atmosphère, de plonger dans l’âme humaine et de m’enfoncer dans la nature sauvage et vivifiante. Polar pourquoi ? Ils sondent la complexité des hommes, leur propension au mal. Trois lettres derrière lesquels se cachent tant de réalités différentes. Le temps est à l’humide, et ne sommes-nous pas las de consulter les sondages ? J’ai profité de cet état pour me jeter sur ce qu’on pourrait appeler les romans de détective. Parce que.

« Le roman de détectives, c’est comme la vie : on cherche toujours quelque chose, on ne trouve pas toujours et , quand on trouve, c’est généralement décevant ou monstrueux. C’est pour cette raison que le détective recommence à chercher. Peu à peu, il sait qu’il ne dénichera jamais rien, aucune raison, aucune morale, aucune certitude, mais il continue de chercher parce qu’il n’y a pas d’autre solution. »

Jean Bernard Pouy, créateur du Poulpe.

Envie d’atmosphère qui ne m’a pas déçue. Car, qu’on se le dise, on ne revient pas indemne de toutes ces découvertes.

 

La trilogie écossaise, de Peter May

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« Une cabane de berger que les petits fermiers de la côte utilisaient comme refuge, en été, lorsqu’ils déplaçaient leurs bêtes vers l’intérieur des terres pour y trouver de meilleurs pâturages. On en croisait partout sur l’île. La plupart, à l’image de celle-ci étaient à l’abandon depuis longtemps. Fin avait vu le toit en métal vert de la cabane située sur la lande de Barvas chaque lundi, lorsqu’il se rendait à la pension à Stornoway. Et de nouveau au retour, le vendredi. Il l’avait vu par tous les temps et bien souvent, comme aujourd’hui, illuminé depuis le sud par le soleil, se détachant, vif et coloré, sur le plus noir des ciels du Nord. »

Iles hébrides -
L’Ecosse de Peter May, éditions du Rouergue, 2013.

L’inspecteur Fin MacLeod connaît bien les îles Hébrides. Il y a passé son enfance et une partie de sa jeunesse, avant de devenir inspecteur à Glasgow. Un meurtre, commis à Edimbourg le ramène sur l’île de Lewis qu’il a quittée dix-huit ans auparavant. Sur ces terres impétueuses, battues par les vents, les habitants vivent au rythme de l’océan et des traditions ancestrales. Chaque mort, chaque enquête est un retour vers le passé, une occasion de dénouer les secrets.  Que s’est-il passé sur l’île d’An Sgeir, l’île des chasseurs d’oiseaux ? Qui se cache derrière le corps enseveli dans la tourbe ? Fin MacLeod traverse le temps et les lieux, il brave le froid, la pluie, le vent et il interroge les mémoires : la sienne, celle des habitants et celle de l’archipel gaélique.

Les polars polaires,  d’Olivier Truc

 

Massive vibrant Aurora Borealis Northern Lights in Lapland, Norway

Lundi 14 septembre                                                                                                                                   Lever du soleil : 6 h 30. Coucher du soleil : 19 h 38                                                                         13 h 08 d’ensoleillement

C’est ainsi que commence le dernier roman d’Olivier Truc, La Montagne rouge, et ainsi que chacun de ses livres avance, au rythme des jours engloutis par la nuit ou inondés de lumière. Nina Hansen et Klemet sillonnent les terres de l’arctique, aux commandes de la Police des rennes, pour tenter de protéger les éleveurs Sami.

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Je retrouve dans ces pages les émotions de lecture des romans arctiques de Frison-Roche. Dans Le Rapt, celui-ci dénonçait déjà les menaces qui pesaient sur la région et sur le peuple Sami.

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« L’homme et son renne s’immobilisèrent sur le point culminant. L’inconnu venait du sud. Peut-être de Finlande, peut-être de Norvège. Il s’était arrêté au sommet de la colline dénudée où les vents avaient ciselé la neige en vagues courtes et brisées.  Son attelage soufflait et le grand renne gris, assoiffé, broutait tête basse la neige poudreuse. » Frison-Roche, Le rapt, 1962.

 

Aujourd’hui, la situation s’est nettement dégradée. Avec Le détroit du Loup, on découvre une région prise en otage par l’industrie pétrolière et l’univers de ceux qui plongent pour elle en frôlant la mort à chaque instant, quand une série de morts suspectes intervient à quelques jours d’intervalle.

« Hammerfest. 21h.

Markko Tikkanen appréciait cette heure ambiguë où le soleil prenait son temps avant de disparaître derrière les montagnes de l’île de Sørøya, juste à l’ouest de l’île de la Baleine. Un peu comme si l’astre narguait les hommes, leur donnait l’espoir d’un réconfort éternel. Mais le soleil était immuable, comme Tikkanen lui-même. Des phares s’approchaient. Son contact était à l’heure. Tikkanen regardait autour de lui. Le paysage était époustouflant, comme toujours à cette heure. Tikkanen aimait donner certains rendez-vous de ce point de vue. Du haut de la falaise, il avait le sentiment de dominer la ville, Melkøya et ses installations gazières. »

Le détroit du Loup, Olivier Truc, 2014

 

Les terres mongoles, de Ian Manook

 

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«Engoncée dans sa parka polaire, l’inspecteur essayait de comprendre l’empilement des choses. Elle s’était accroupie dans la neige qui crissait et s’était penchée pour mieux voir. Le froid lui tailladait les pupilles et l’air glacé lui griffait les sinus à chaque inspiration. C’était comme respirer des brisures de verre. Autour d’elle un autre terrible dzüüd vitrifiait la steppe immaculée. Pour la troisième année consécutive, le malheur blanc frappait le pays. De trop longs hivers polaires qui suivaient de trop courts étés caniculaires. Des blizzards de plusieurs jours à ne plus voir sa yourte, à se perdre pour mourir gelé debout à un mètre près. Puis des ciels bleus comme des laques percés d’un petit soleil blanc au-dessus d’un pays figé dans la glace.»

Les temps sauvages, Ian Manook, 2015

Découverte du fameux Yeruldelgger, le premier tome de la série des polars musclés de Ian Manook qui se déroulent en Mongolie. Le pays, pris en sandwich entre la Russie et la Chine a subi des courants contradictoires. A Oulan-Bator, les yourtes côtoient le béton et le verre, des groupes d’extrémistes en mal d’identité rêvent d’un nouveau Gengis-Khan. Violence à fleur de peau toujours prête à surgir, Yerudelgger est cet inspecteur un rien justicier qui n’a pas peur de son ombre. Avec lui et son associée, Oyun, on s’enfonce dans les terres mongoles. Les enquêtes complexes révèlent les dessous des cartes.

« Le chaos de la ville en construction le surprenait toujours, mais ce qui le frappait davantage encore, c’était la laideur des choses du passé. Toute la monstruosité de cette architecture soviétique, ou plutôt de cette non-architecture, prenait corps en regard des buildings élancés et fiers qui se construisaient à présent. (…) Comme si l’architecture avait participé elle aussi à l’entreprise d’anéantissement de la culture mongole. »

Passionnants romans ethnologiques, écologiques et géopolitiques.

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