Françoise Sagan – Bonjour Tristesse

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« Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. C’est un sentiment si complet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres. »

Attention « Livre culte », dit le bandeau qui ceinture le petit exemplaire Pocket de Bonjour Tristesse. Sur la photo, c’est elle, reconnaissable, cheveux très courts, une chemise noire aux manches retroussées, un regard, un sourire. Il y a d’autres photos d’elle, de la même série, comme celle-ci, assise devant sa machine à écrire. A l’époque, elle n’est pas encore Sagan.

« J’ai d’abord fait croire à mon entourage que j’écrivais un roman et à force de mentir, j’ai fini par l’écrire. (…) Quand j’ai dit chez moi que j’étais écrivain, ma mère m’a répondu : « Tu ferais mieux d’être à l’heure pour le dîner et d’aller te peigner, et mon père a éclaté de rire. »  Je ne renie rien, Entretiens 1955-1992 (Stock, La bleue)

Les premières lignes du roman, très belles, contiennent en germe toute l’œuvre de Sagan. Il y a dans cet incipit, comme une promesse, un regard sur la vie dont jamais elle ne s’est départie.

« Deux thème prédominent dans mes ouvrages, toujours les mêmes, c’est vrai : l’amour, la solitude ; je devrais plutôt dire la solitude et l’amour parce que mon thème principal est la solitude. L’amour est en quelque sorte le trouble-fête, car ce qui me paraît primordial, c’est la solitude des gens et leur façon d’y échapper. » Entretiens.

« Cet été-là, j’avais dix-sept ans et j’étais parfaitement heureuse. Les « autres » étaient mon père et Elsa, sa maîtresse. Il me faut tout de suite expliquer cette situation qui peut paraître fausse. Mon père avait quarante ans, il était veuf depuis quinze ; c’était un homme jeune, plein de vitalités, de possibilités, et, à ma sortie de pension, deux ans plus tôt, je n’avais pas pu ne pas comprendre qu’il vécût avec une femme. J’avais moins vite admis qu’il en changeât tous les six mois ! »

Au milieu de ce trio iconoclaste qui s’amuse et profite de la vie sans arrière pensée, arrive Anne. Décidée à remettre un peu d’ordre dans une vie qu’elle juge désoeuvrée, sans but et sans limites, Anne provoque chez Cécile une angoisse terrible.

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Bonjour Tristesse n’est pas un roman simpliste. C’est un premier roman écrit par une jeune fille de dix-huit ans, qui expérimente à travers l’écriture, l’amour, la rivalité, le remords. Elle taille dans le bloc brut des émotions, elle les cisèle avec un sens inné de la tragédie.

« Une grande partie de notre vie, dit Sagan, est prise par une sorte de progression rythmique de trois personnages » – Rachel Cusk parle de Bonjour Tristesse de Françoise Sagan, Assises du roman 2008, (Christian Bourgois).

L’autre jour,  j’ai lu l’article d’un type qui éreintait Sagan – l’éternel refrain sur l’auteur futile. Je lui ai envoyé un mail : « C’est moche ce que vous avez écrit sur Sagan. Vous avez une sensibilité de poireau. »

Cela m’a donné envie d’en savoir plus sur Sagan. Ce sont les mêmes qui, cinquante ans plus tôt, en criant au scandale comme au génie, ont créé autour de Sagan un carcan de stuc qui n’avait rien à voir avec la littérature. Au final, Bonjour tristesse a été si mal compris. Lorsqu’on le dégage de cette gangue qui l’enferme, alors on peut se projeter dans ce court roman d’apprentissage et être touchée par le beau personnage de Cécile.

A lire aussi : Avec mon meilleur souvenir (Folio) et Je ne renie rien, Entretiens 1955-1992 (Stock, La bleue) pour découvrir une femme de lettres, pleine d’humour et d’humilité.

« En 1954, j’avais à choisir entre les deux rôles qu’on m’offrait : l’écrivain scandaleux ou la jeune fille bourgeoise, alors que je n’étais ni l’un ni l’autre.                                Qu’est ce que vous étiez ?                                                                                                                            J’aurais été plutôt une jeune fille scandaleuse et un écrivain bourgeois. Ma seule solution était de faire ce dont j’avais envie…aller plus loin. »

Je ne renie rien, Entretiens 1955-1992 (Stock, La bleue)

 

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