Karin Serres – Monde sans oiseaux

« Il paraît qu’autrefois certains animaux traversaient le ciel grâce à leurs ailes, de fins bras couverts de plumes qui battaient comme des éventails. Ils glissaient dans l’air, à plat ventre, sans tomber, et leurs cris étaient très variés. Ils étaient ovipares, comme les poissons ou les lézards, et les humains mangeaient leurs oeufs. On les appelait les « oiseaux ». Petite, j’ai demandé à ma mère de me raconter, mais elle a changé de sujet. Cette histoire d’ «oiseaux » est-elle vraie ? »

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Sur les bords d’un lac nordique, Petite boîte d’os, la fille du pasteur, grandit au rythme des saisons et des mutations du bétail. Le village a glissé sous les eaux, pendant le « Déluge ».

« A cette époque, les éleveurs ravis ont fini par trouver la combinaison de gènes idéale qui rend leurs bêtes à la fois amphibies, fluorescentes, autorégénérantes à vie et résistantes aux maladies. Désormais, il leur suffit d’une famille de cochons transgéniques pour exploiter leur viande, par morceaux, à l’infini. »

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Depuis lors, la vie s’écoule dans un univers d’une beauté surannée. Désormais, les maisons sont équipées de roues, elles se déplacent au fil de l’eau. Les ethnologues et les touristes accostent pour voir cette « sorte de réserve », qui vivrait encore « comme dans le passé.»

Mais Joseph, l’un des habitants du village réapparaît. Comment a t-il survécu pendant tout ce temps ? Nul ne sait, mais une légende troublante le poursuit. Et c’est sur Petite Boîte d’Os qu’il a jeté son dévolu. Joseph lui révèle les vestiges de l’ancien village.

« Derrière, un couloir étroit dont nos palmes font voler l’épais vert-de-gris, révélant un carrelage d’échiquier fissuré. Nous sommes des découvreurs d’épaves. Sous la main noire du vieux Joseph, les portes gonflées tombent silencieusement dans la purée grise, dévoilant des contours familiers. »

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Leur amour dure une vie, ciselée dans ce texte qui hésite entre le conte et le roman. Entre l’eau et la terre, un passé révolu et un futur fluorescent. Avec ce style singulier, plein de délicatesse et de poésie – un faux air de conte naïf, Karin Serres brosse le portrait d’un monde qui a déjà basculé et que guette la folie.

Les personnages, nous dit Karin Serres « ont un rapport très intime avec le groupe, avec le monde dans lequel ils vivent ». Dans ce monde que les oiseaux ont déserté, il reste le regard lumineux de « petite boîte d’os », l’intensité de son monde intérieur et l’histoire de cet amour qui traverse le récit, défiant le temps et les gens.

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