Zeruya Shalev – Ce qui reste de nos vies

« Car que nous reste-t-il en fin de vie à part les précieuses images qui défilent en nous et dont personne n’osera mettre en cause la limpide vérité. »

 

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« Cet instant qui a inversé l’équilibre des souvenirs et les espérances, d’où a-t-il donc surgi? Rien ne l’y avait préparée, ni les livres, ni les journaux, ni ses parents, ni ses amis. Est-elle la seule sur cette terre à ressentir un tel bouleversement à un stade si précoce de son existence et sans qu’aucune catastrophe évidente ne l’ait provoqué, est-elle la première à remarquer que le plateau de la balance sur lequel sont posés ses souvenirs explose, alors que celui de ses attentes est léger comme une plume et ne peut que tenter de récupérer ce qui a déjà été ? »

Hemda vit ses derniers instants. Les souvenirs remontent à la surface. Avner et Dina se retrouvent à son chevet, désemparés. Leur soif d’amour à vif. La vie les a séparés. Les frustrations, la défiance ont pris possession de leur quotidien.  Avner, avocat des plus démunis, a du mal à trouver du sens à ce qu’il fait. Dina, qui sent sa fille lui échapper en devenant adulte, aurait voulu avoir un deuxième enfant. 

« N’en a-t-il pas toujours été ainsi, songe t-il, ils ont beau se trouver dans un espace commun, leurs expériences respectives resterons toujours fondamentalement différentes. »

Mais alors que leur mère s’en va, quelque chose en eux s’ébranle, une énergie subtile traverse le roman. Le printemps passe, l’été brûlant, puis l’automne, ce moment où les feuilles se transforment en humus.

Le texte passe d’un flux de conscience à l’autre, les phrases longues, sinueuses traversent le roman. Avec ce style organique, Zeruya Shalev sonde l’intériorité des personnages, dévoile leur peur de devoir renoncer, alors que la vie passe. Hemda est encore là pour le leur rappeler. Mais si peu de temps. Comme l’eau qui s’écoule dans le siphon, elle sombre doucement, les souvenirs de son enfance dans le Kibboutz lui reviennent, près de ce lac qui contenait tant d’histoires et de légendes.

« …pêcher dans le lac par les nuits glaciales et d’un noir d’encre, alors que tout ce qu’elle désirait, c’était de les éblouir par ses mots, elle avait en elle tant d’histoires jamais écrites mais qu’elle connaissait par coeur, pourquoi donc chaque fois qu’elle commençait à les raconter, ses petits camarades se moquaient-ils de sa langue trop recherchée et des invraisemblances de ses récits, ça n’existe pas, lui reprochaient les rares gamins qui acceptaient de l’écouter, on n’a jamais vu un lac qui parle ! Car les secrets du lac, elle les instillaient dans leurs oreilles au cours des longues nuits d’hiver… »

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Naftali Oppenheim, la vie au kibboutz Ein Gev dans les années 30

A travers la vision de trois générations, Zeruya Shalev interroge les liens familiaux, les transmissions et les non-dits. Elle dévoile les connections qui existent entre l’histoire d’un pays et ceux qui la vivent, l’influence de l’éducation sur la vie qu’on se choisit – et la possibilité de changer.

Ces trois personnages, avec leurs contradictions et leur désir de vivre, Zeruya Shalev va les chercher loin. Ils nous ressemblent, ils ratiocinent parfois, râlent, s’enlisent. Ce n’est pas un roman facile à lire. Mais la tension narrative est toujours là et la beauté réside dans l’énergie des personnages à retrouver du sens à leur vie.

 

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